1928: JOCF: Le cercle d’étude et ses méthodes

b) Le Cercle d’étude et ses méthodes.

Les jeunes dirigeantes Jocistes, les membres, les militantes dont la J.O.C.F. a absolument besoin pour remplir toute sa mission, doivent être formées surtout par le Cercle d’études ; c’est là que se fera leur formation religieuse, morale, intellectuelle et sociale, les préparant à l’Action Jociste.

Le C. E. est réservé aux membres les plus capables de comprendre, de se former, de travailler. Ce sont ceux là qui sont les plus agissants du Comité et de la Section, ceux-là qui font preuve de cran, qui exercent le mieux la tutelle jociste, dont la conduite est toujours irréprochable et qui s’imposent aux autres par leurs convictions solides, par leurs exemples.

Au C. E. elles auront déjà leur part de travail et de responsabilité : à tour de rôle elles sont chargées du compte-rendu de la séance, elles préparent un petit exposé de leurs enquêtes, elles apportent leurs expériences personnelles, elles signalent les faits intéressants de la semaine à envoyer à leur journal. Tout cela d’une façon simple, à l’aise et bien vivante.

1° La première partie du C. E. vise à la formation religieuse des membres, elle doit être courte, vivante et prenante : lecture et commentaire de l’Evangile ou d’un passage des Epitres, points essentiels de la doctrine catholique avec application très pratique à la vie journalière des travailleuses.

2° La formation morale et sociale doit donner aux membres une vue claire des dangers de toutes sortes auxquels sont exposées les jeunes travailleuses, une volonté d’action, une foi, une confiance vive et enthousiaste dans le relèvement de la classe ouvrière, pour lé bien de la société toute entière.

3° Les meilleures méthodes de Cercles d’Etudes Jocistes répondent à trois nécessités : apprendre à voir, à juger, à agir. Surtout pas d’exposé théorique, pas de définitions, pas de leçon de professeur à élèves, mais une conversation familière par questions et réponses où les membres puissent sans crainte de moquerie ou d’indiscrétion, livrer leurs pensées, leurs observations, leurs difficultés, les problèmes de leur vie.

Le grand point est d’arriver à faire parler les Jocistes, à obtenir des réponses claires et simples, à leur faire suivre une idée, à l’approfondir, à en voir tous les aspects.

A) Apprendre à voir, à observer.

C’est par des enquêtes adroitement dirigées que nous atteindrons le mieux ce but. Il ne s’agit pas d’enquête tracassière, indiscrète, policière, ni de demandes de renseignements par curiosité ; il y a toute une technique de l’enquête que nous devons apprendre aux membres du C. E.

Le Bulletin des Dirigeantes fournit chaque mois la matière du C. E., les questionnaires, les documents nécessaires à l’étude du sujet. C’est tout un art de faire vivre un C. d’E., au début surtout. La dirigeante doit très adroitement poser quelques questions très simples, parfois très naïves auxquelles l’une ou l’autre répondra ; de là on poussera plus avant ; d’ailleurs elle doit pouvoir compter sur deux ou trois Jocistes qu’elle peut voir avant la réunion pour préparer avec elles la discussion.

Pour mener les enquêtes on emploie des questionnaires servant de guide, mais la dirigeante ne doit en aucun cas employer servilement les questionnaires tels que les donne le B. D. Les questions doivent être triées suivant la localité, l’objet de l’enquête, l’âge et la préparation des membres ; bien souvent elles devront être simplifiées, agrémentées de sous-questions. Parfois il faudra changer la marche même de l’enquête. Et puis il conviendra de varier la méthode, de donner parfois aux membres quelques questions écrites, cinq au plus, en les expliquant et en demandant des réponses écrites pour le C. E. suivant. La dirigeante chargera parfois l’une ou l’autre de démarches spéciales en vue de l’enquête : demande de renseignements à la Maison Communale, à la gare, etc. Elle demandera aussi des petites monographies des métiers, des professions des membres, suivant les enquêtes en cours.

Au début d’une section jociste il est parfois très difficile d’obtenir du travail d’enquête : les jeunes filles n’osent pas interroger leurs compagnes pour obtenir des renseignements, s’informer de leur vie, de leur condition de logement» de leur famille ; elles n’osent pas aller les voir chez elles, regarder leur habitation, s’intéresser à leur vie de tous les jours. Il faut que la dirigeante elle-même accompagne parfois les Jocistes dans des visites, montre la manière de s’y prendre et l’intérêt d’observer autour de soi.

Toutes les observations qu’on aura pu réunir autour d’un aspect déterminé de la vie ( par ex. l’organisation du travail écartant là jeune fille de la vie familiale, les fiançailles, etc.), sont relevées au C. E. pour donner une vue d’ensemble de la situation.

B) Appendre à juger.

A propos des faits observés, faits vécus, concrets, la dirigeante doit donner la doctrine chrétienne du Travail, de la Famille, de la Vie. Elle doit leur montrer et leur expliquer pourquoi ils sont bons ou mauvais, qu’elles en sont les répercussions et conséquences ; et ainsi elle leur enseigne pratiquement la nécessité d’une organisation sociale, d’une morale sociale et l’application de la doctrine catholique à tous les problèmes moraux, sociaux et économiques de leur vie de jeunes travailleuses.

Si la dirigeante du Cercle d’études parvient à faire vivre cette méthode en utilisant tous les événements de la vie des jeunes ouvrières, elle sera étonnée des résultats rapides qu’elle obtiendra.

Les problèmes les plus difficiles, les plus élevés, peu abordables dans un exposé théorique, se posent ici d’eux-mêmes et deviennent facilement accessibles.

De cette façon, les membres acquièrent une mentalité, un sens religieux, moral, social ; elles voient la part d’erreurs de beaucoup d’idées qui circulent dans les milieux ouvriers et trouvent d’elles-mêmes les idées justes qui, doivent les remplacer peu à peu.

C) Apprendre à agir.

Les enquêtes auront fait voir les situations réelles/la doctrine catholique aura montré l’idéal à atteindre ; le contraste, bien mis en lumière, doit donner un ardent désir d’apostolat. Les applications de l’Evangile, de la loi de Charité, se traduiront par un irrésistible appel au dévouement pour la conquête des âmes.

La J. O. C. F. avec son organisation et ses moyens d’action est le moyen tout proche de se dépenser, d’agir pour remédier aux immenses lacunes constatées.

Il s’agit d’étudier bien simplement et concrètement, sans pessimisme comme sans folles illusions, les remèdes à appliquer aux maux constatés.

Comment la J. O. C. F. peut y remédier.

Ce sera par l’action individuelle de chaque Jociste, par son influence, son exemple, sa parole, par toute sa vie.

Par une action collective et organisée, une entente de toutes les jeunes travailleuses, une organisation de plus en plus forte et puissante, qui fera triompher les revendications souhaitables au bien de la jeunesse ouvrière, qui se fera écouter des autorités sociales.

Par tous les services qu’organise la J.O.C.F. par la collaboration avec les organisations ouvrières chrétiennes, avec la paroisse, la famille, l’école.

4° Le C. E. doit encore préparer les Journées d’Etudes trimestrielles organisées par la Fédération régionale.

Pendant les trois mois qui séparent les J. E., le C. E. applique les enseignements de la précédente et prépare la suivante par les enquêtes, les constatations, les échanges de vues, la recherche des remèdes, les améliorations déjà réalisées.

Les membres du C. E. étudient la doctrine catholique sur ces questions ; elles sont préparées à assister avec fruit à la J. E. régionale pour y dire le travail fait chez elles, prendre part aux discussions, écouter et comprendre des leçons qui les formeront davantage.

5° Dans toute cette étude le C. E. suit le Programme d’Etudes d’Action exposé et expliqué dans le B. D.

6° Cette discipline du C. E. par rapport aux directives du B. D. renforce l’unité du mouvement, favorise T action d’ensemble régionale et nationale et peut influencer l’opinion publique pour obtenir une mesure générale d’amélioration.

c) L’Assemblée générale (mensuelle).

1° Il est nécessaire de réunir, au moins une fois par mois, tous les membres de la section en Assemblée générale où s’affirme la vie commune, où se forme l’esprit collectif de la section, où l’amitié se développe.

Ces réunions doivent être des réunions jocistes par la tenue, l’entrain, le programme. Les membres du Comité en sont les animatrices. Leur bon accueil affectueux, leur simplicité, leur attention à mettre chacune à l’aise en feront de vraies réunions familiales où toutes se sentent cher elles.

2° Mais ce ne sont pas uniquement des occasions de s’amuser, un moyen de soustraire les jeunes filles aux plaisirs malsains, il faut y poursuivre un but éducatif ; en les amusant on doit les former. C’est à l’Assemblée générale que l’esprit jociste doit avoir toutes les initiatives, toutes les trouvailles suggérées par les désirs, les goûts des membres.

3° L’assemblée générale sera d’autant plus réussie, qu’elle aura été mieux préparée dans la réunion du Comité, où les charges sont distribuées pour que tout concoure à sa réussite.

4° On y suit l’ordre du jour indiqué dans le règlement d’ordre intérieur.

L’appel nominal donne l’occasion de constater les absences ; les dirigeantes en recherchent les motifs et, dès le lendemain, discrètement, dans des conversations ou des visites à domicile, tâchent de ramener les irrégulières, les instables.

Le sujet de la causerie est en rapport avec l’étude faite au G. E. et indiquée dans le B. D. On y rattache les commentaires des faits du mois, les exemples, les événements quotidiens de l’usine. Tout cela sert à mettre en lumière le programme de la J.O.C.F. et les principes de notre mouvement.

La causerie qui sera donnée par un membre du C. E. ou par une propagandiste régionale ou nationale doit être vivante, semée de traits amusants, d’exemples typiques, de Boutades même pour faire rire les auditrices et les amener à réagir. Faut-il dire qu’elle ne doit être ni lue, ni récitée, mais que le sujet doit être exposé et raconté tout simplement ou amené au moyen de questions suscitant de courtes réponses collectives (C. E. général) ?

Les faits à signaler et les échanges de vues seront préparés en réunion de Comité et les porte-paroles de la discussion désignées et exercées, s’il le faut, à présenter leurs idées d’une façon intéressante. Surtout, les membres ne peuvent pas assister passivement à un exposé, chaque fois que c’est possible il faut procéder par questions et arriver rapidement à des échanges de vues.

Pour clôturer la causerie la Présidente fait toujours appel à l’action et à la propagande, pour la réalisation des idées exposées et donne les directives et les mots d’ordre préparés au Comité..

5° Une partie récréative termine la réunion. Il faut autant que possible qu’elle soit en rapport avec le sujet traité et que les chants, pièces, déclamations et jeux contribuent à fixer dans les esprits les idées de la causerie. On se servira parfois de projections lumineuses, de films photoscopiques. A la bonne saison on ira en excursion, visiter les curiosités de la région ; l’hiver on organise des jeux éducatifs, des charades, parfois un goûter, une fête intime, une tombola.

Les membres doivent pouvoir s’amuser de tout leur cœur, il faut qu’elles quittent la séance avec regret en disant : « Comme on s’est bien amusé. Ce n’est qu’à la J.O.C.F. qu’on a un pareil plaisir! »

d) Le stage, l’entrée dans la J.O.C.F., l’insigne.

1° L’entrée des jeunes travailleuses dans la J.O.C.F. est un acte très important de leur vie de salariée, il faut qu’elles l’accomplissent en en comprenant toute la portée.

Il n’est donc pas à conseiller d’inscrire comme membre une jeune travailleuse, dès sa première participation à une réunion jociste.

Une formation préparatoire, qui doit lui apprendre le but, le programme, l’activité de la J.O.C.F., lui faire goûter le charme des réunions jociste, de l’amitié jociste, lui montrer les devoirs d’une jociste et en conclusion lui donner le grand désir de devenir Jociste, lui sera donnée pendant trois mois de stage.

2° Durant ce stage, la jeune travailleuse paie sa cotisation jociste, reçoit le journal et le lit, assiste aux réunions auxquelles elle est convoquée. Mais surtout elle est confiée à l’une ou l’autre jociste, qui se chargera de sa formation soit au moyen de réunions spéciales pour stagiaires (dans le cas où une section en a plusieurs à la fois), soit en conversations individuelles s’il n’y a pas lieu de faire de réunions spéciales.

3° Méthodes. — Pour elle aussi il s’agit d’apprendre à voir et juger et d’apprendre à agir. Il faut attirer l’attention de la stagiaire sur les conditions de vie des jeunes travailleuses, lui en faire voir les dangers et les lacunes, lui en faire trouver les remèdes et la nécessité de la J.O.C.F.

Au bout de trois mois minimum, la jeune travailleuse donne une adhésion consciente, sérieuse et réfléchie, elle ne vient pas à la J.O.C.F. par caprice, par mode, « pour faire comme une amie ».

4° Elle est admise officiellement dans la J. O. C. F. quand elle a été persévérante et fidèle à la discipline jociste et à ses devoirs de stagiaire.

Son bulletin d’adhésion est signé par la présidente et la secrétaire, au nom du Comité qui l’accepte, et envoyé à la F. R. et de là à la F. N. Elle reçoit alors sa carte de membre et prend rang parmi les Jocistes.

Cette entrée officielle dans la J. O. C. F. est souvent rehaussée par une cérémonie solennelle à caractère religieux: la bénédiction et la remise des insignes par le curé de la paroisse ou son délégué, suivies d’une fête de famille au local de la section.

Maintenant la stagiaire est une Jociste, elle doit se montrer digne de son titre, agir et parler en Jociste. Son insigne, qu’elle doit porter toujours, qu’elle doit mettre sur sa blouse de travail comme sur sa toilette de dimanche, lui donne une responsabilité spéciale.

Sa conduite, ses conversations, son travail, ses plaisirs, ses relations, sa piété et toute sa vie religieuse doivent faire honneur à la J.O.C.F. Ses actes ne l’engagent pas elle seule, elle fait partie de la famille Jociste, elle doit s’en montrer digne.

SOURCE

Manuel de la JOCF, Quatrième Partie, L’activité générale et la méthodologie de la JOCF, Chapitre V, La vie locale (Bibliothèque Numérique Joseph Cardijn)