1922: René Van Haudenard: La formation sociale au cercle d’études


Extrait de la FEMME BELGE de février
 1922

LA FORMATION SOCIALE AU CERCLE D’ÉTUDES

Essai d’un chapitre de méthodologie proposé aux Cercles féminins d’études sociales.

* * *

Le Comité directeur de la Fédération nationale des Cercles féminins d’Études sociales estime que le moment est venu, de proposer quelques règles méthodologiques qui aideront les cercles affiliés à atteindre leur but.

La formation sociale a retenu tout d’abord son attention.

Rappelons brièvement l’objet des études au cercle féminin d’études sociales ; il est triple et comprend : la Doctrine1, les Faits et les Œuvres. La formation sociale doit être à la fois théorique et pratique. On l’a proclamé à maintes reprises : « Le cercle d’études est le travail personnel des membres en vue de l’action ».

Provoquer le travail personnel des membres, l’orienter, le coordonner en vue de l’action pratique, tel apparaît, difficile et délicat, le rôle des dirigeantes des cercles d’études. Les règles qui suivent leur faciliteront la tâche.

La journée d’études du 7 mars 1922 sera consacrée à leur examen, ainsi qu’à l’étude de leurs applications dans les différents genres de cercles : cercles d’écolières, d’adolescentes, de syndiquées, de ligueuses, de dirigeantes.

Première règle.  L’initiation sociale se base sur l’enquête.

Il paraîtra, à certains, bien osé de donner pareille importance à l’observation des faits. Qu’ils se rappellent les heureux résultats de la méthode de Le Play. On verra d’ailleurs plus loin que nous gardons à l’exposé doctrinal toute sa valeur.

L’enquête n’est, autre chose que « l’examen attentif des faits étudiés dans leur milieu vivant » (Brants).

Peu de gens savent observer, au sens vrai du mot ; et bien peu connaissent à fond le milieu dans lequel ils vivent. La connaissance du milieu est pourtant indispensable à quiconque veut faire œuvre utile.

Mais il n’est pas possible de laisser l’observation des faits à la seule initiative personnelle des membres du Cercle. L’enquête doit être faite avec ordre, avec méthode : elle doit être dirigée. On la fera à l’aide de questionnaires.

La chose n’est pas aussi simple qu’elle le paraît, car la rédaction du questionnaire exige de l’intelligence et une certaine expérience. En effet :

1° Les questions doivent être exprimées en termes appropriés.

Elles ne peuvent présenter aucune ambiguïté, il ne faut pas que l’enquêteuse hésite quant au sens de la question posée.

Elles doivent être simples et posées de manière qu’on puisse répondre autant que possible par un « oui » ou par un « non ».

On emploiera le plus souvent possible le discours direct en faisant appel autant que possible à la connaissance personnelle de l’interlocutrice, et évitant, quand il y a moyen, l’emploi de la 3e personne. Ainsi, au lieu de dire : « Existe-t-il dans la commune, etc… » on dira : « Connaissez-vous dans la commune… Savez-vous combien il y a dans la commune de… »

 Les questions doivent être ordonnées avec gradation.

Leur objet ira du particulier au général, de l’immédiat au médiat. Exemple : Si nous faisons une enquête sur les journaux répandus dans la localité, nous demandons d’abord : « quels journaux lisez-vous ? » Puis : « quels journaux voyez-vous lire dans votre famille, chez vos voisins, dans la rue où vous habitez, etc. » ?

 Les questions doivent être adaptée à la mentalité des enquêteuses.

C’est affaire de psychologie. On ne posera pas dans un cercle d’écolières ou d’adolescentes les mêmes questions que dans un cercle syndical, un cercle de ligue des femmes ou un cercle de dirigeantes.

La mentalité diffère selon l’âge, l’éducation reçue, la profession exercée, le degré de connaissance ou de développement intellectuel, la formation morale. Il faudra donc tenir compte de tous ces éléments.

 Les questions doivent porter sur le milieu où vivent les enquêteuses.

Les membres acquerront le goût de l’observation et de l’étude si les questions portent sur le milieu où ils vivent sur ce qui offre pour eux le plus d’intérêt, et si elles sont posées de manière à faire observer tous les détails de ce milieu, à mettre chaque point observé à la place qui lui convient dans l’ensemble des connaissances des membres en matière sociale.

 Les questions seront posées à tous les membres du cercle ou bien à un ou plusieurs membres du cercle, selon les cas.

S’il s’agit en effet d’obtenir une statistique particulière, une seule enquêteuse pourra souvent faire le travail. Si nous voulons connaître, par exemple, le nombre de naissances dans la localité, une seule enquêteuse rendra au bureau de l’état civil. De même si nous nous proposons d’enquêter ensuite sur les mariages, il faudra bien prévoir tous les renseignements dont nous aurons besoin dans l’étude de cette question et charger la même enquêteuse de les demander au bureau de l’état civil.

D’autre part, nous pouvons dire qu’il y a lieu de poser la question à tous les membres du cercle quand il s’agit de « prendre des échantillons » et de prélever des moyennes. Exemple : Enquête sur l’enseignement ménager dans un cercle d’ouvrières. Nous poserons à toutes les mêmes questions : avez-vous suivi les leçons de l’école ménagère ; parmi les ouvrières qui travaillent avec vous, combien y en a-t-il qui ont suivi les cours de l’école ménagère, etc. ?

En plus d’une circonstance, l’observation directe sera impossible. Il y aura lieu de faire consulter alors par les membres du cercle les publications existantes, afin d’y relever les données intéressantes. Par ex. quel est le niveau des salaires féminins en France, en Angleterre… On comparera les renseignements puisés aux diverses sources. Ce sera l’occasion pour la directrice d’apprendre aux membres à contrôler et critiquer les affirmations des auteurs.

Deuxième règle. — Les faits relevés par l’enquête doivent être jugés à la lumière des principes.

L’enquête ne suffit pas. Si l’on veut que l’observation serve vraiment à la formation des membres et devienne le point de départ d’une étude et d’une action fructueuses, après avoir mis le fait en lumière, on exposera toujours les principes qui permettent de le juger.

Il faudra dore expliquer le point de doctrine, ou l’a théorie qui a rapport au fait. Il y aura lieu, dans certains cas, de montrer aussi comment la doctrine est confirmée par les faits.

C’est au directeur ou à la directrice du cercle qu’incombe la mission d’enseigner les principes juridiques, économiques, sociaux et moraux ; il s’agit bien d’un enseignement qui requiert une préparation spéciale et attentive.

La méthode qui résulte de cette deuxième règle n’est pas suivie d’ordinaire. Généralement, au commencement de chaque session le directeur ou la directrice du cercle échafaude à grand’peine un programme doctrinal qui alimentera les séances ; l’exposé occupe la majeure partie de chaque réunion, et il arrive fréquemment qu’on n’en fait même aucune application. La conséquence est que les membres n’établissent guère de relations entre la « théorie » exposée et le « milieu » où elle devrait recevoir son application. On oublie vite la doctrine, on ne comprend pas quelle utilité pratique elle peut avoir. Les efforts des membres et de la directrice sont donc dépensés inutilement.

Au contraire, si nous partons de l’enquête, si celle-ci est préparée avec soin et bien ordonnée, c’est le milieu vivant qui fera l’objet des études ; c’est sur chacune de ses parties qu’on projettera la lumière des principes ; chaque point sera examiné, contrôlé par l’expérience quotidienne. Ainsi les faits concrets et familiers, que l’on ne peut oublier, permettront de fixer dans la mémoire les doctrines qu’ils ont illustrées. Et chacun verra les maux à corriger, les progrès à réaliser, les bons exemples à imiter.

Exemples : A. Mauvaise méthode. Nous nous proposons d’étudier l’encyclique Rerum Novarum. Le document est divisé en 10 parties dont chacune fera l’objet d’une séance ; l’explication du texte se fait sans commentaires, ni applications. Résultat : à la troisième réunion les membres se lassent ; il est rare qu’il ne faille pas bientôt abandonner le programme si l’on veut maintenir le cercle.

B. Méthode à conseiller. Enquête détaillée et successive sur la propriété, le salaire, le travail, etc., tels qu’ils apparaissent dans le milieu vivant.

A chaque séance examen d’une réponse au questionnaire. Tout naturellement on fait l’exposé du point de doctrine contenu dans le Rerum Novarum. Résultat : les membres s’intéressent à la chose observée, le sens social se développe, les connaissances acquises se maintiennent parce qu’on se souvient du fait qui en a été le point de départ.

Troisième règle. — De l’idée il faut passer à l’action.

Nous connaissons le fait ; nous l’avons jugé à la lumière des principes ; il nous reste à conclure. Rappelons-le encore, au cercle d’études le travail personnel des membres se fait en vue de l’action, nous devons donc tirer une conclusion pratique. Cette conclusion aura pour objet soit la formation personnelle des membres, soit l’action extérieure.

La formation personnelle : Les membres du cercle veulent savoir pour agir, mais il ne suffit pas de savoir pour bien agir. La connaissance qu’ils acquièrent du bien à réaliser, du mal à éviter et à combattre, doit les amener à se perfectionner d’abord eux-mêmes. On tâchera donc de leur inculquer les résolutions en vue 1° de corriger leur conduite personnelle, si elle blesse les principes exposés, p. ex. : dans telles circonstances de la vie sociale, respectons-nous assez la justice et la charité ? avons-nous assez de souci du bien commun ? 2° de se disposer à faire le bien, en complétant leur formation intellectuelle et morale dans la plus large mesure possible. Il faut être bon pour faire vraiment du bien, il faut être instruit pour éclairer les autres ; 3° de s’adonner enfin aux œuvres de tous genres qui peuvent établir dans le monde un ordre meilleur.

Il sera indispensable d’étudier pratiquement l’action extérieure possible. Au cours des réunions du cercle, les études ont révélé un progrès à promouvoir, une réforme à obtenir, une amélioration à réaliser. L’action extérieure s’indiquera d’elle-même sous l’une ou l’autre des formes suivantes :

A. Progrès dans les mœurs ou les idées : exemple à donner par le cercle, moyen de propagande en vue d’une action sur l’opinion publique.

B. Progrès dans la législation : indication des points faibles ou défectueux d’une loi existante ; objet d’une loi à promouvoir.

C. Progrès dans les institutions et dans les œuvres : création d’une œuvre nouvelle, adaptation d’une œuvre existante aux nécessités actuelles, abandon d’une œuvre devenue inutile, etc….. Il y aura lieu de rechercher quels moyens ont été déjà mis en avant pour atteindre ces fins, et quels efforts nouveaux on pourrait réaliser. Il n’y a plus alors qu’à se mettre à l’œuvre.

Qu’il s’agisse de l’activité que chaque membre aura désormais à exercer dans la sphère qui lui est personnelle, ou d’une œuvre qui peut être entreprise par le cercle tout entier, il importe de déterminer exactement la tâche de chacun et de prévoir le contrôle qui pourra être exercé par le cercle.

On en viendra ainsi nécessairement à ajouter à l’ordre du jour des réunions une sorte d’examen de conscience de chacun sur les résolutions précédemment prises ; et cet examen fait en commun sera un précieux stimulant.

Abbé R. Van Haudenard.

Courrier des cercles d’études

Louvain

Imprimerie : Fr. Ceuterick

Rue Vital Decoster, 60

1922

Courrier des cercles d’études

Journée dit 7 mars 1922

Une centaine de personnes parmi lesquelles plusieurs prêtres directeurs de C. E. ont répondu à l’invitation du Comité directeur.

M. l’abbé Van Haudenard ouvre la séance. Il précise la portée de cette journée d’études : déterminer quelques règles qui contribueront à la formation sociale dans les C. E. Faute de méthode, beaucoup d’efforts y ont été dépensés en pure perte.

Ce travail de mise au point ne sera pas achevé aujourd’hui ; il devra se compléter au fur et à mesure de l’expérience.

Rapport de M. l’abbé Van Haudenard

Ce rapport a été publié dans La Femme Belge, n° de février 1922.

La formation sociale au Cercle d’études, essai d’un chapitre de méthodologie proposé aux Cercles féminins d’études sociales.

discussion

(Nous ne donnons pas le compte rendu analytique des discussions, mais bien les idées générales qui s’en dégagent.)

L’enquête soulève deux objections principales :

1o elle ne donne pas de résultats pratiques ;

2° elle rebute les membres.

A la première objection Mlle Colen répond qu’à la suite d’une enquête sur le logement menée par le Cercle de Namur, l’administration communale de Namur a décidé la création d’une société pour la construction d’habitations à bon marché. Un résultat analogue a été obtenu à Gembloux.

La seconde objection est réfutée par Mlle Cappe et M. l’abbé Cardyn. Il ne faut pas considérer l’enquête comme une chose difficile et compliquée. Il ne s’agit pas d’obtenir des membres une documentation complète sur le fait qu’on veut étudier. Mlle Cappe cite un exemple emprunté au C. E. de l’école normale sociale : Chaque élève dut demander à 3 personnes qui travaillent si leur mère et leur grand’mère travaillaient et pourquoi elles-mêmes travaillent. Les réponse recueillies indiquent que le travail féminin avait sa cause : soit dans un déséquilibre du budget de familles bourgeoises, soit dans l’influence morale d’une idée : indépendance ou utilité sociale, soit encore dans la présence au foyer familial de plusieurs enfants plus jeunes.

Cette enquête, simple s’il en est, bien mieux qu’une étude livresque, révéla des causes du travail féminin et mit les élèves en contact avec les réalités de leur milieu immédiat.

Il est bien plus facile et plus intéressant pour les membres d’un C. E. de s’habituer à questionner simplement mais adroitement que d’« absorber » des théories savantes qui risquent toujours de ne donner que des connaissances abstraites et improductives, et qui souvent rebutent et découragent.

La 2e règle: « à l’occasion des faits relevés par l’enquête, exposer les points de doctrine qu’il est nécessaire de connaître pour juger ces faits » ne soulève pas d’objection.

M. l’abbé Cardyn et Mlle Cappe appuient la thèse de M. Van Haudenard.

Après une remarque de Mlle Siebenaler, on conclut qu’enquêtes et doctrine doivent viser à fournir, en ordre principal, des données immédiatement utilisables pour les membres.

La 3e règle : « de l’idée il faut passer à l’action » est le couronnement des deux autres : c’est sa mise en pratique qui leur donnera de la valeur.

Mlle Cappe fait part de l’anomalie révélée par la réponse d’un Secrétariat au questionnaire envoyé à propos de cette journée d’études : une des Fédérations régionales les mieux organisées au point de vue des C. E. inscrit comme résultat au point de vue de l’action : Rien. Il faut bien en conclure à une lacune profonde dans la manière d’orienter les études des cercles, puisqu’ils manquent leur but préparer à l’action. :

La question d’accepter dans un cercle d’études des personnes qui veulent y collaborer activement et d’autres qui n’y viennent que pour « s’instruire » est controversée. Mlle Camoër indique la vraie conclusion : L’action à laquelle il faut amener n’est pas tant la contribution aux études voulues comme telles que le dévouement généreux et l’apostolat dans le milieu réel. Par là un cercle d’études renouvelle une paroisse : le cercle féminin de St-Josse en témoigne.

Sur le souhait de voir les cercles d’études donner partout le même résultat, M. l’abbé Van Haudenard termine la discussion du 1er rapport.

Le Cercle d’études pour adolescentes ouvrières

Rapport de M. l’abbé Cardyn, directeur d’Oeuvres sociales.

I. — Importance du C. E. pour adolescentes ouvrières :

1o Il doit combler les lacunes de leur éducation ;

2° Les aider à traverser la crise de l’adolescence, à réagir contre le milieu délétère qu’elles sont obligées de fréquenter ;

3° Former de futures fiancées, épouses, mères et citoyennes, des propagandistes, des dirigeantes et dés apôtres.

II. — Comment interroger, intéresser, émouvoir, attirer et faire agir, au C. E., les adolescentes ouvrières ?

III. — Exemples d’enquêtes à faire :

La famille : son budget, ses ressources, ses dépenses, les parents et les enfants; les époux ; le logement ; la propreté ; la santé et la maladie ; les assurances sociales.

L’école : la fréquentation de l’école ; les devoirs ; les leçons ; l’instruction et l’éducation.

Les fréquentations : les fiançailles ; le mariage ; la chasteté ; les compagnes ; les amies.

Les plaisirs : les amusements; les lectures ; les spectacles.

Le travail : à l’atelier, autour de l’atelier ; les conditions de travail ; l’apprentissage ; le salaire ; le chômage ; les accidents du travail ; le syndicalisme.

La vie religieuse.

(Voir : Enquête sur l’adolescence salariée.)

— Comment suggérer, faire découvrir, aimer et appliquer un idéal moral, religieux, sentimental, familial, professionnel, social, économique au C. E. pour adolescentes ouvrières ?

— Du Cercle d’Etudes à l’organisation des adolescentes ouvrières.

discussion

Deux objections principales sont faites au C. E. pour adolescentes ouvrières :

1° Il risque de « déclasser » les membres en les éloignant de leur milieu familial ou social.

2° Il est difficile de recruter des membres, plus difficile encore de les faire persévérer.

— Pour éviter de les déclasser, répond M. Cardyn, il faut unir étroitement l’éducation morale et l’éducation religieuse. A côté du dégoût pour la déchéance où sombrent tant d’ouvrières, germeront le sentiment de pitié et le désir du dévouement.

Elles ne se déclasseront pas si elles ont compris qu’elles étaient « privilégiées » pour sauver les autres, et si la doctrine de la Charité leur est familière : « Il n’est pas possible d’aimer Dieu que vous ne voyez pas si vous n’aimez vos frères que vous voyez ». Ainsi, la vie surnaturelle devenant inséparable de la vie sociale, elles se dévoueront totalement à Dieu et aux âmes.

— Le recrutement est difficile. C’est ici qu’une action laïque et féminine trouve surtout sa place.

La persévérance des membres n’est pas toujours assurée par le dévouement et le savoir-faire du directeur ou de la présidente, mais les déboires des débuts ne doivent pas décourager. A Laeken, où les C. E. pour adolescentes ouvrières donnent actuellement des résultats merveilleux, bien des tentatives avaient d’abord échoué.

Pour retenir les membres, dit M. l’abbé Langley, il faut les amuser mais en s’entendant sur le mot « amuser », c’est-à-dire « intéresser tout en éduquant ». Un groupement, et surtout un C. E., ne peut se borner à soustraire ses membres, pendant une ou deux heures, à des dangers extérieurs, mais doit les armer contre ces dangers.

Rapport de Mlle Boisart, propagandiste des Syndicats chrétiens.

Le Cercle d’Études de syndiquées

— En vue de la formation d’un syndicat.

— Le Cercle d’Études au Syndicat.

TRAVAIL DE BASE :

ENQUÊTES SUR LA VIE PROFESSIONNELLE

Dans le cas I :

Enquête générale sur les professions et industries de la localité, de la région ;

Enquête spéciale sur chaque profession.

Dans le cas II :

1° Enquêtes sur une profession déterminée :

Etat actuel du métier : pénurie de main-d’œuvre ; encombrement ; causes ; apprentissage,

Historique du métier ;

Conditions de travail ; Salaire ; durée du travail ;. hygiène ; commissions officielles et représentation ouvrière ;

Organisations professionnelles.

2° Relever les renseignements obtenus et les classer :

Déterminer les points qui devront faire l’objet d’une étude approfondie, de revendications, d’améliorations.

A cette occasion, faire l’exposé des théories économiques et des principes moraux.

Exemple ; Conditions de travail :

Salaire : Les modalités du salaire, juste salaire, juste travail- Législation actuelle.

Durée : Nécessité de limitation : Repo?, loisirs ; motif 5.

Hygiène : De l’atelier, législation ; notions d’hygiène

Revendications, s’il y a lieu.

Recherche des moyens de les faire valoir.

3° Action syndicale : Nécessité et avantages de l’organisation ; devoirs vis-à-vis de l’organisation ; profession organisée : représentation de » ouvrières dans les commissions de salaires, etc.

4° Formation à l’apostolat :

Etude de l’application des principes de religion et de morale dans la vie de l’ouvrière à l’usine. Exemple : plan d’études : « De quelques applications à la vie professionnelle et sociale des préceptes du Décalogue tels qu’ils sont exposés dans le Catéchisme du Concile de Trente ».

DISCUSSION

Mlle Cappe remercie tout spécialement Mlle Boisart et la présente aux assistants comme un témoignage de ce que peut faire le C. E. pour la formation de ses membres : il n’est pas bien lointain le temps ou Mlle Boisart, timide adolescente de Mons, osait à peine lire devant ses compagnes un modeste compte-rendu.

La discussion porte principalement : a) sur les moyens à employer pour amener la participation active de chaque membre au travail du C. Ê. ; b) sur l’opportunité et la modalité du C. E, quand le syndicat est mixte.

Pour amener au travail personnel, choisir comme étude le sujet palpitant pour les membres du cercle au moment présent. – Faciliter le travail et le mettre à la portée des membres. Il serait bon de réunir de temps en temps les directrices de C. E. de syndiquées ouvrières pour les initier à l’emploi de procédés appropriés. Par exemple : donner l’idée avant le mot, passer du concret à l’abstrait, préparer collectivement des rapports pour la recherche des idées, le classement puis le développement de celles-ci.

Le C. E. féminin est nécessaire lorsque le syndicat est mixte, pour initier les ouvrières qui en font partie aux questions qui sont propres au travail des femmes, pour mettre celles-ci à même de représenter et de défendre leurs intérêts spéciaux au sein des comités mixtes.

C’est par les femmes également que l’on obtiendra,dans les revendications générales du mouvement syndical, la place qui convient aux préoccupations d’ordre familial et à la protection des femmes et des enfants.

Rapport de Mlle Cappe, secrétaire générale des Œuvres sociales féminines chrétiennes de Belgique.

Le Cercle d’études de dirigeantes

Le Cercle d’Études de Dirigeantes groupe les déléguées des différentes institutions sociales de la localité-ou de la région.

Ces déléguées seront choisies parmi les membres les plus intelligents, les plus actifs et les plus influents des Comités, par exemple : secrétaires ou propagandistes des syndicats, mutualités et ligues, directrice de la Bourse du Travail, gérante ou présidente de la Coopérative, directrice de patronage, institutrice, directrice d’école, infirmières, etc.

Le Cercle d’Études de Dirigeantes se réunit sous la présidence de la secrétaire du Secrétariat local ou régional des Œuvres sociales.

But. — Etude en vue de susciter les initiatives et de coordonner les efforts de l’action sociale dans la commune ou la région.

Enquête. — La commune ou la région.Population. —Etat civil. — Services publics. — Enseignement. — Moralité publique. — Hygiène. — Institutions sociales officielles ou privées. — Vie industrielle, etc.

Etude. — a) De la doctrine (voir rapport de M. l’abbé Van Haudenard) ;

b) D’un plan général d’action sociale pour la localité ou la région (propagande d’idées, œuvres, institutions, etc.).

Formation intense à la vie d’apostolat : piété et zèle.

discussion

Certains membres de l’assemblée paraissent sceptiques quant à la possibilité de fonder de tels cercles. C’est un scepticisme dont rien ne demeure quand on passe à l’action ou quand on interroge les dirigeantes de secrétariats : de l’avis général, c’est ce genre de cercle qui marche le plus facilement. Il ne faut pas croire, comme quelques- uns pourraient le penser, que ce C. E. soit une surcharge pour les personnes qui sont les chevilles ouvrières des œuvres : c’est au contraire un allégement pour elles. Il leur procure en effet entr’aide et informations ; il rend leur action plus efficace et plus complète en la coordonnant avec d’autres activités sociales. Il faut dans ces cercles l’homogénéité ; celles qui ne seraient pas en communion de désirs et de pensée avec notre mouvement d’apostolat social risqueraient d’entraver et de paralyser’ le C. E. et lui feraient manquer son but.

Si les réalisations sont limitées par les possibilités du milieu local et actuel, notre idéal ne doit pas toutefois se limiter à elles ; ce qui « est » ne peut nous faire perdre de vue ce qui « devrait être ». Les idées pénètrent lentement mais restent plus longtemps que les œuvres. Communiquer des idées justes auxquelles les vies se conforment, est le meilleur résultat que puisse atteindre une conférence, une œuvre, un C. E. Le rôle du cercle d’études ne sera donc pas seulement de préparer à l’organisation des œuvres, mais encore de préparer des propagandistes d’idées, des éducatrices sociales.

Rapport de Mlle Ectors, secrétaire des O. S. féminines de Laeken.

Le Cercle d’études pour sectionnaires de Ligue féminine

But. — La formation des sectionnaires doit être aussi complète que possible ; de là, nécessité d’une formation individuelle (formation de l’intelligence et du cœur) et d’une formation sociale.

Importance de cette formation. — Chaque sectionnaire étant en rapports réguliers avec un petit groupe de membres de la Ligue, peut exercer une grande influence sur le milieu familial et social des membres de sa section.

Programme. — L’étude et l’organisation des conditions de vie de la famille ouvrière constituant le programme de la Ligue, ce sera aussi le programme des sectionnaires qui en sont les propagandistes :

Enquêtes sur les conditions de la famille ouvrière. —

Conditions économiques :

Ressources ; Budgets : Dépenses ; Economies

Conditions hygiéniques : Personnelles ;

Familiales : Nourriture ; Vêtement ; Logement ; Hygiène sociale.

Conditions intellectuelles et morales :

L’éducation religieuse ; L‘éducation dans la famille ; l’école : instruction et éducation à l’école ; Les Œuvres post-scolaires ; La formation professionnelle ; La formation artistique ; Le niveau moral du milieu familial.

Conditions sociales :

Moralité publique ; Situation juridique de la femme et de l’enfant ; vie communale, etc.

Méthode. — Chacune de ces conditions fera l’objet d’une étude séparée en suivant la propagande de la Ligue concernant l’idée à répandre, le progrès à promouvoir ou l’œuvre à organiser actuellement.

Formation à la propagande et à l’apostolat.

N. B. — L’exposé de ce rapport a été fait par M. l’abbé Van Haudenard, remplaçant Mlle Ectors, empêchée.

discussion

La discussion se borne à nouveau, : a) à la nécessité de l’enquête simple, fragmentée, sans raideur, sans rien d’administratif dans la manière de procéder ;

b) à la nécessité de joindre à la formation par l’enquête et pour l’enquête, une formation doctrinale solide et un profond esprit d’apostolat.

En particulier, justifier toute propagande par la mise en lumière de toutes ses raisons d’être.

* * *

M. l’abbé Van Haudenard conclut en proposant de limiter les résolutions de cette journée, comme, en fin de retraite, entre les multiples suggestions reçues, on choisit celles que l’on veut suivre à tout prix.

Ici la résolution peut être unique : celle de faire des enquêtes comme point de départ et de l’action précise et adéquate, basée sur une solide formation doctrinale.

* * *

Journée du 8 mars 1922

Les participantes à la Journée d’Études du 7 mars, les élèves de l’Ecole Normale Sociale Catholique et les élèves des Écoles Régionales de Mons et de Charleroi se sont rendues le lendemain au Secrétariat des Œuvres Sociales féminines de Laeken.

Nous sommes reçues très aimablement par Mlle Ectors, secrétaire, qui nous fait les honneurs de son cher et vieux logis, dénommé très anciennement déjà « la grande grille ».

Mlle Ectors nous réunit ensuite dans la grande salle pour nous faire connaître les activités multiples dont le Secrétariat est le siège « famille de toutes les œuvres sociales de Laeken ».

Et d’abord, la Ligue des Femmes, organisme puissant qui groupe toutes les femmes. Mlle Ectors nous en explique les divers rouages : conférences, fêtes, cotisations, propagande.

Le Secrétariat est, en outre, le siège de divers Cercles d’Études : des dirigeantes, des institutrices, des ouvrières de l’aiguille, des employées, des apprenties, des ouvrières de fabrique, des jeunes filles du patronage. Ces Cercles mettent à la portée de toutes la formation religieuse et sociale et les amènent à prendre une part active aux œuvres sociales.

D’autres organismes fonctionnent très activement, tels : l’Ecole de Coupe. l’Atelier d’apprentissage, l’Ecole de commerce (du soir), la Bourse du Travail, la Garderie d’enfants en vacances, la Mutualité. Un restaurant-cantine vient de s’ouvrir.

Pour maintenir le zèle parmi les chefs et les membres des différentes Œuvres, des journées ou des demi-journées de prières et de réflexion sont organisées régulièrement pour chacun des groupes.

En applaudissant aux efforts des Laekenoises, nous emportons de leur Secrétariat des directives pour notre action.

De retour à Bruxelles, nous visitons, sous la conduite de Mlle Cappe, le Secrétariat Général, et, à cette occasion, nous entendons exposer l’organisation générale du mouvement social féminin chrétien en Belgique.

Il y a enfin, à 3 h. 1/2, conférence par le R. P. Charles, S. J., sur l’Apostolat social. Les paroles fortes, les expressions lapidaires et imagées du conférencier nous font comprendre mieux que jamais que l’Apostolat social est la réalisation de ce commandement d’amour dont le Christ a dit qu’il était toute la loi. En l’accomplissant, ce commandement d’amour, nous échappons à la grande souffrance de nous sentir inutiles, car, à chaque minute de notre vie nous collaborons à l’établissement du règne de Dieu dans les âmes.

NOTE

1Par « Doctrine » nous entendons la Religion et la Morale dans leurs applications à la vie sociale ; les diverses sciences nécessaires à l’organisation sociale: économie politique, droit,etc.