1964: Cardijn: La formation des laïcs pour l’apostolat

Instructio

« DE LAICORUM FORMATIONE AD APOSTOLATUM »

C’est un très bon texte !

Je souhaite vraiment à TOUS les futurs éducateurs, séminaristes, novices, prêtres, religieux., missionnaires, fiancée, époux ? parents, future patrons, chefs de syndicats et de partis, etc. de recevoir cette instruction et de l’étudier ensemble. Ils doivent découvrir ensemble la nécessité absolue et universelle de la formation à l’apostolat laïc.

Elle gagnerait pourtant, me semble-t-il, à être améliorée et complétée sous plusieurs aspects qui sont absents on insuffisamment mis en valeur.

Je note ci-après, sans les approfondir davantage, les réflexions que suggère la lecture du texte et qui pourraient contribuer à sa mise au point.


Ne pas séparer la formation naturelle, temporelle, professionnelle, familiale, politique, de la formation religieuse et spirituelle (et vice versa). Bien distinguer l’enseignement de la formation à la vie, mais ne jamais les séparer ; l’enseignement est un monologue, la formation un dialogue. Ne pas séparer le contenu ou la matière de la formation, de la méthode ou de la maniéré de le donner : la méthode peut être arbitraire et partir de certains « a priori », elle doit partir de la vie, du réel, des faits : voir, juger, agir.

La formation doit lier et unir tous les aspects de la vie. Surtout ceux qui sont propres aux laïcs : familial, professionnel, social, politique, moral, national, international, religieux, apostolique, missionnaire. Elle doit se donner pendant toute la vie mais surtout à l’âge de l’éducation à la vie, du choix de vie, de la vocation : entre 14 et 25 ans, pour pouvoir former des apôtres adultes, authentiques, dans la vraie vie, les vrais milieux et problèmes de vie.

Elle doit être donnée surtout aux jeunes travailleurs et travailleuses, éloignés du milieu familial, déplaces, en contact continuel avec des étrangers, des non catholiques, des non chrétiens : pour qu’ils puissent se conduire en adultes, apôtres et missionnaires.

Ne jamais séparer le mystère de la création (et la mission donnée à l’homme à la création) du mystère de l’incarnation et de la rédemption ; mais au contraire inculquer le sens de la responsabilité, de la mission vis-à-vis de ce double mystère : le plan de Dieu est irréalisable sans la collaboration libre et volontaire de l’homme, dans la création, et dans la rédemption ; les deux sont inséparables.

De là la valeur missionnaire, oecuménique, à la dimension du monde, que doit avoir toute formation.

L’éducation se fait toujours en équipe à tous les plans.

La formation supérieure des dirigeants, à toutes les échelons de la responsabilité apostolique exige et suppose la formation à la base.

Toute formation doit être à la fois adaptée (spécialisée) et coordonnée. Il en est de même de toute organisation en institution de formation.

Toute formation est apprentissage. Elle suppose une enquête et une révision de vie. Elle est découverte. Elle ne s’impose pas d’autorité ; elle aide à découvrir tous les besoins et toutes les lacunes, le pourquoi et le comment.

Le problème des sous-développés, des rapports entre les hommes, les sexes, les races, les peuples, entre Dieu et l’homme, entre les religions, entre les régimes, est toujours à la fois un problème de formation, d’échanges, de contacts, d’entraide, de confiance et d’amitié.

Rechercher ensemble le vrai, l’humain, la bonté, l’amour, le divin, dans le Temps et dans l’Eternité.

Jos. CARDIJN.
Début janvier 1965 (handwriting of M. Fiévez)

Quelques remarques après une première lecture du chapitré VI, sur la formation des laïcs à l’apostolat

Nr. 26 et 27

Il me semble que l’on considère trop la formation comme une chose abstraite, « à donner » aux laïcs pour qu’ils puissent être apôtres. C’est très paternaliste et il me semble aussi que c’est méconnaître l’aspect existentialiste de la vie. Il faut beaucoup plus souligner que les laïcs eux-mêmes, découvrant leur immense dignité et vocation apostolique, doivent s’efforcer de se former pour être capable d’être apôtre et que cette formation, ils l’acquerront dans l’exercice de l’apostolat, en le réalisant ensemble, en réfléchissant ensemble, en s’entraidant, en cherchant eux-mêmes de nourrir leur vie apostolique dans la prière et les sacrements, dans l’étude et la réflexion, dans l’écoute des problèmes et aspirations du monde.

On le dit plus ou moins à la ligne 42, mais il me semble que c’est dès le début qu’il faut souligner ce principe dynamique et anti-paternaliste. C’est le style qui doit changer dans tout le chapitre.

Nr. 28 : « Ad quosnam… ? »

Titre paternaliste ! Ne peut-on mettrai « comment aider les laïcs à se former eux-mêmes ? » (il faut alors faire quelques nuances pour les enfants),

Page 2 – ligne 3 – « praeparentur »

C’est la thèse des mouvements de l’enfance paroissiaux (Chiro) que les jeunes et les adolescents doivent seulement être préparés à l’apostolat (de même lignes 10 et suivantes). Il faut noter que déjà les parents et éducateurs doivent apprendre aux jeunes à voir à leur niveau propre les besoins des autres jeunes de leur milieu et alors apprendre à exercer un apostolat approprié à leur âge.

Ligne 15 et suivantes

Ce n’est pas seulement le milieu de la paroisse qu’ils doivent découvrir c’est aussi leur propre milieu de camarades, de quartier, d’école, de loisirs, etc.

Ligne 25

On dit qu’il faut former « sensum catholicum et apostolicam ». Cela me semble incomplet, il faut aussi apprendre à agir.

Ligne 30
Il faut souligner que dans les associations, les laïcs eux-mêmes s’entraident dans leur action et formation apostolique.

Ligne 36
C’est aussi que l’on dit qu’il faut la coopération active et personnelle mais que cela est surtout pour les adultes. Mais en somme, c’est en coopérant personnellement que l’on devient de plus en plus adulte. Dès l’enfance il faut susciter cette coopération active et personnelle ; c’est tout le sens de la formation.

Nr. 29 – page 3
C’est un numéro très brouillé ! La « méthode » voir, juger, agir, telle qu’elle est décrite dans le chapitre est fort peu authentique, on la réserve pour la formation de chrétiens engagés dans l’action temporelle, afin qu’ils trouvent eux-mêmes les solutions concrètes à partir de principes de doctrine qu’on leur a « donnés ».

Tout ce numéro 29 pourrait être consacré à montrer comment la paedagogie voir, juger, agir est nécessaire pour tous. Tous les chrétiens laïcs ont besoin pour se former à une vie apostolique de « découvrir » le monde dans lequel ils vivent (milieu, autres personnes, conditions de vie, mentalité et attitudes de vie), (VOIR), de découvrir dans la foi la pensée et la présence active du Seigneur par rapport à cette situation de vie (JUGER), de découvrir à partir de cela l’appel concret que le Christ leur adresse dans le monde et dans l’Eglise (AGIR). Toutes ces découvertes se font en équipe (cellule d’Eglise) et la réponse à l’appel du Christ set possible grâce au soutien mutuel et dans la collaboration fraternelle. Ces principes de formation, valent pour tous. Il est cependant normal que les personnes engagées dans des responsabilités particulières (action missionnaire directe, engagements temporels déterminés, action caritative) s’entraident mutuellement à partir de leur situation propre et de leur mission commune.

Nr. 30 — Les centres de formation

Il faut souligner que les centres ne sont que complémentaires à ce que doit faire la famille et les mouvements d’apostolat de laïcs. Qu’ils doivent donc être subsidiaires et subordonnés aux mouvements d’apostolat. Que les laïcs eux-mêmes doivent en assumer les responsabilités.


SOURCE

AGR, Archives Cardijn, N° 1577/11