1961: Pape Jean XXIII: Mater et Magistra

Une tâche pour les associations d’apostolat des laïcs 

L’éducation à l’action chrétienne, même en matière économique et sociale, sera rarement efficace, si les sujets eux-mêmes ne prennent pas une part active à leur propre éducation et si l’éducation ne se réalise dans l’action.

On a raison de dire que l’on n’acquiert pas l’aptitude au bon exercice de la liberté, si ce n’est par le bon usage de la liberté. D’une manière analogue l’éducation à l’action chrétienne en matière économique et sociale ne s’acquiert que par l’action chrétienne concrète en ce domaine.

C’est pourquoi, dans l’éducation sociale, une tâche importante est réservée aux associations et aux organisations d’apostolat des laïcs, à celles en particulier qui se proposent comme objectif propre l’animation chrétienne de quelque secteur d’ordre temporel. En effet, beaucoup de membres de ces associations peuvent utiliser leurs expériences quotidiennes pour s’éduquer toujours mieux et contribuer à l’éducation sociale des jeunes.

A ce propos, il est opportun de rappeler à tous, aux grands et aux humbles, que le sens chrétien de la vie impose l’esprit de sobriété et de sacrifice. De nos jours, hélas ! prévaut çà et là une tendance hédoniste, qui voudrait réduire la vie à la recherche du plaisir et à la complète satisfaction de toutes les passions, au grand dam de l’esprit et même du corps.

Sur le plan naturel, une conduite réglée et la modération des bas appétits est sagesse et source de bien ; sur le plan surnaturel, l’Evangile, l’Eglise et toute sa tradition ascétique exigent le sens de la mortification et de la pénitence, qui assure la victoire de l’esprit sur la chair et offre un moyen efficace d’expier les peines dues pour les péchés, auxquels personne n’échappe, sauf Jésus-Christ et sa Mère immaculée.

Suggestions pratiques

Pour traduire en termes concrets les principes et les directives sociales, on passe d’habitude par trois étapes : relevé de la situation, appréciation de celle-ci à la lumière de ces principes et directives, recherche et détermination de ce qui doit se faire pour traduire en actes ces principes et ces directives selon le mode et le degré que la situation permet ou commande.

Ce sont ces trois moments que l’on a l’habitude d’exprimer par les mots : voir, juger, agir. Il est plus que jamais opportun que les jeunes soient invités souvent à repenser ces trois moments, et, dans la mesure du possible, à les traduire en actes ; de cette façon, les connaissances apprises et assimilées ne restent pas en eux à l’état d’idées abstraites, mais les rendent capables de traduire dans la pratique les principes et les directives sociales.

A ce stade de l’application concrète des principes, des divergences de vue peuvent surgir, même entre catholiques droits et sincères. Lorsque cela se produit, que jamais ne fassent défaut la considération réciproque, le respect mutuel et la bonne volonté qui recherche les points de contact en vue d’une action opportune et efficace ; que l’on ne s’épuise pas en discussions interminables ; et sous le prétexte du mieux, que l’on ne néglige pas le bien qui peut et doit être fait.

Les catholiques qui s’adonnent à des activités économiques et sociales se trouvent fréquemment en rapport avec des hommes qui n’ont pas la même conception de la vie. Que dans ces rapports Nos fils soient vigilants pour rester cohérents avec eux-mêmes, pour n’admettre aucun compromis en matière de religion et de morale ; mais qu’en même temps ils soient animés d’esprit de compréhension, désintéressés, disposés à collaborer loyalement en des matières qui en soi sont bonnes ou dont on peut tirer le bien. Il est cependant clair que dès que la Hiérarchie ecclésiastique s’est prononcée sur un sujet, les catholiques sont tenus à se conformer à ses directives, puisque appartiennent à l’Eglise le droit et le devoir non seulement de défendre les principes d’ordre moral et religieux, mais aussi d’intervenir d’autorité dans l’ordre temporel, lorsqu’il s’agit de juger de l’application de ces principes à des cas concrets.

Action multiple et responsabilité

De l’instruction et de l’éducation il convient de passer à l’action. C’est une tâche qui concerne surtout Nos fils du laïcat, puisque habituellement ils s’adonnent en vertu de leur état de vie à des activités et à des institutions à contenu et finalité temporels.

Pour accomplir cette noble tâche il est nécessaire que Nos fils ne soient pas seulement compétents dans leur profession et qu’ils exercent leurs activités temporelles selon les lois naturelles qui conduisent efficacement au but ; mais il est aussi indispensable que ces activités s’exercent dans la mouvance des principes et des directives de la doctrine sociale chrétienne, dans une attitude de confiance sincère et d’obéissance filiale envers l’autorité ecclésiastique. Que Nos fils veuillent bien noter que lorsque dans l’exercice des activités temporelles ils ne suivent pas les principes et les directives de la doctrine sociale chrétienne, non seulement ils manquent à un devoir et lèsent souvent les droits de leurs propres frères, mais ils peuvent même arriver à jeter le discrédit sur la doctrine elle-même, comme si sans doute elle était noble en soi, mais dépourvue de toute vigueur efficace d’orientation.

SOURCE

Pape Jean XXIII, Mater et Magistra, 15 mai 1961 (Vatican.va)